"La condition" réussit le pari de donner une réponse sans complaisance à certaines pleurnicheries actuelles et se pose en film parfois dur, mais beau, et qui soulage, un peu.
Deux violences se marient, dans le film d‘époque clair et nécessaire de Jérôme Bonnell, qui parle à notre temps : la domination masculine et l’écrasement social.
Un huis clos subversif et élégant, servi par des comédiens subtils.
La qualité de l’interprétation sert bien cette galerie de portraits, tout en secrets, mensonges et demi-teintes.
Avec cette histoire d'émancipation, de libération, de réappropriation des corps et des esprits, Jérôme Bonnell signe un très beau film qui trouve des résonances avec le Goncourt 2025 signé Laurent Mauvignier.
En filigrane, le cinéaste décrypte avec finesse le poids des blessures et des secrets de famille, comment ils façonnent, polissent et détruisent l’individu.
Le cadre oppressant, les plans en perspective qui accompagnent les jeux d’emprise, le travail de la photo en clair-obscur permettent à l’auteur du « Temps de l’aventure » et à son remarquable trio de comédiens de mettre en lumière la brutalité masculine à une époque où elle n’est pas questionnée. Bouleversant.
par Corinne Renou-Nativel
La finesse des interprétations de Louise Chevillotte, Galatéa Bellugi et Swann Arlaud sert ce film aussi intime que romanesque.
Le propos prend alors une tournure féministe d’autant plus remarquable et réjouissante qu’elle repose sur une « prise de pouvoir » sans heurt, un coup d’État qui renverse un régime en douceur et dicte sa loi.
Si Jérôme Bonnell s’attache à montrer sans équivoque et dans une forme de classicisme vertueux, comment les codes sociaux légitiment la domination masculine, son observation des mœurs glisse vers une solidarité nuancée : la sororité.
Subtil dans son écriture, élégant dans la manière, son récit d’émancipation doublé d’une critique sociale et sociétale de l’époque, figée dans des schémas ataviques, peut également compter sur un trio d’acteurs d’une remarquable justesse.
Le film est souvent cruel, mais l’alliance entre les deux personnages féminins crée un espoir inattendu et réconfortant.
Le cinéaste du « Temps de l'aventure » met en scène un film d'époque qui échappe aux conventions. Une réussite.
Jérôme Bonnel signe ici, à 47 ans, le film d’un cinéaste qui maîtrise totalement son art, avec une simplicité, une efficacité de trait et une fantaisie réjouissantes.
L’intelligence − et le courage − du film est de faire un portrait sans concession des bourgeois, de leur maintien, de leurs arrangements continuels avec la vérité, de leur propension à l’aveuglement.
Dans son nouveau film, Jérôme Bonnell (« Le temps de l’aventure »), metteur en scène farouchement indépendant, dépeint deux héroïnes en souffrance au début du XXe siècle et échappe à tous les poncifs. Éloge d’une fiction âpre et surprenante.
Louise Chevillotte, révélée chez Philippe Garrel et vue notamment chez Paul Verhoeven (Benedetta) ou Nadav Lapid (Synonymes), mise à bon escient sur son intériorité, dissimulant son mal-être mais s'affirmant au fil des minutes dans son attitude, sa démarche et son regard. À ses côtés, Galatéa Bellugi s'appuie davantage sur l'observation.
Les vérités ne sont jamais assénées, toujours suggérées, prennent toute leur ampleur dans un film complexe, brillamment mis en images, à l’écriture minutieuse et à l’élégance subversive.
C’est dans le hors-champ que la beauté du film éclot. Deux femmes que tout sépare, deux mères qui échappent à leur maternité idéale, se rassemblent dans leurs désillusions. Nuit après nuit, une proximité se crée autour de cet enfant, symbole de communion.
Ce drame intime qui se joue dans le huis clos de cette bâtisse bourgeoise vaut par son approche subtile, avec une réalisation près des corps, des visages et des ressentis, mais aussi dans l'interprétation, notamment de la part de Louise Chevillotte dans le rôle de Violette.
Un film d'époque aux pertinentes résonances contemporaines.
La reconstitution réaliste de l'époque, la tournure inattendue des événements et une interprétation de grande qualité font la force de ce film faussement modeste et résolument féministe.
Le cinéaste aborde avec délicatesse le patriarcat et la lutte des classes.
Si la tentation « actualisante » de l’histoire malmène l’élégance de mise en scène dont fait toujours preuve Bonnell, l’immense intelligence de jeu de Louise Chevillotte confère à la maîtresse de maison une sagesse à tiroirs, politique et désirante, qui prend le masque d’une placidité bien ordonnée, « condition » d’un happy end qui aurait pu, ou dû, rester hors champ.
Nous avons été parfois étouffé par une réalisation austère et aussi corsetée que l’attirail vestimentaire meurtrissant les femmes. Adapté d’un roman de Léonor de Récondo (Amours), La Condition donne l’impression de devoir être regardé à la lueur d’une bougie, au son des grincements du parquet. Pas de romanesque ici, mais la peinture néanmoins fidèle d’une époque qui, bien sûr, est appelée à faire écho à la nôtre.
Le film endosse aussi, jusque dans son aspect parfois trop feutré et grisâtre, la corvée de devoir faire cette archéologie-là : pas seulement la soumission des femmes, mais aussi celle des hommes à l’ordre ambiant, leurs solitudes en tout cas, et en quoi elles ont pu se nourrir mutuellement.
Un drame en huis clos interprété avec finesse, mais dont la retenue laisse une impression d’austérité.
Un film d’une infinie délicatesse où cette histoire de plus d’un siècle se révèle d’une grande modernité.
Sous les lumières du passé, la question de la sororité prend une allure captivante et poignante.
Vu le profil ignoble du mâle en question, le procédé est logique mais n'amplifie pas la tension dramatique entre les personnages sans nuances qui n'ont pas grand-chose à se dire – la faute à des dialogues qui sonnent faux. De quoi se lasser de cette adaptation scolaire et anachronique.
Le temps est tellement long qu’on a le loisir de découvrir qu’Emmanuelle Devos est gauchère. Détail essentiel.
Académique, explicative, invraisemblable et dotée de dialogues maladroits, cette adaptation littéraire est un faux pas dans la filmographie jusqu’ici séduisante de Jérôme Bonnell.
Abus de Ciné